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A la découverte de « 8 Regards obliques » de Etienne Jaumet

8 regards obliques : c’est le nom qu’Etienne Jaumet a donné à son troisième album, enregistré en trois semaines de manière quasi solitaire puisque l’Artiste avait choisi de s’entourer de son saxophone et de boîtes à rythme, notamment.

Un regard sur son travail

8 regards obliques est également une œuvre particulière puisqu’elle abrite presque exclusivement des reprises de grands noms du Jazz, qui ont considérablement influencé la musique de Jaumet. Qui dit reprises ne dit cependant pas manque de touches personnelles, cette dernière conférant d’ailleurs à l’album une légèreté mêlée à une maitrise technique que nul ne saurait contester.

Ceux qui pensent encore que le Jazz est une musique adressée exclusivement à un groupe épuré, constitué de mélomanes obtus et hautains changeront d’avis après avoir parcouru l’œuvre. Ce qui caractérise la musique de l’artiste est la liberté, tant dans la composition que dans l’interprétation. Il s’érige ici comme un passeur avec une volonté non dissimulée de partager avec passion ce qui l’anime depuis des années : la Musique.

Composition de l’album

« SHH Peaceful« 

C’est le premier morceau. Composition de Miles Davis (dont l’ombre continue de planer durant ces sept minutes musicales), il n’aurait certainement pas reproché les sonorités actuelles que revêt son œuvre. Ici, l’orchestration a été publiée au profit d’une version survoltée, confondant Jazz et musique de club qui la rend plus dansante. Les oreilles les plus affutées pourront également relever des notes de musique orientales, qui achèvent de nous plonger dans un état méditatif sans nul autre pareil.

« Nuclear War« 

Ce titre (de Sun Ra) résonne aussi comme une invitation à la méditation. L’instrumentalisation est minimale, tout est concentré sur la voix rauque et raisonnante qui habille le titre.

« Unity »

L’utilisation du saxophone dans « Unity » n’en demeure pas moins psychédélique. Sa rythmique hypnotisante nous projette dans une autre dimension, cette impression étant largement amplifiée par le choix d’Etienne Jaumet d’introduire dans sa reprise des bourdons indiens. Il s’agit également d’un des morceaux les plus groovy que nous rencontrerons durant notre pérégrination, groove qui se retrouve dans le titre suivant.

« Thème de Yoyo« 

Ici l’Artiste a choisi, à défaut de chanter les paroles en Français, ce qui pourrait paraitre un peu hasardeux mais non moins réussi. La musique s’achève de manière progressive, laissant ainsi le temps en suspend.

« Spiritual« 

Il s’agit du titre où l’émotion est la plus palpable. On y retrouve un grand compositeur de Jazz  à savoir John Coltrane. La mélodie que choisit le musicien pour l’interpréter contribue à en faire une pièce maitresse. Il s’agit d’un morceau ambitieux, dominé par une apparition progressive de la basse et de percussions de plus en plus intenses. Cette réinterprétation très hétéroclite mêle deep house, jazz, et électro aux accents cosmiques. Cette grande variation musicale se retrouve dans  « Caravan », qui parcourt des rythmiques technoïdes.

« These from a symphony« 

Tout cela nous conduit à ce titre, de Ornette Coleman.  Les sonorités ludiques font de ce morceau le plus intriguant de l’album. Le rythme saccadé, propre à l’électro et tout en conservant des sonorités jazz, tend vers un groove entêtant qui vous donnera envie de swinguer dans votre appartement (confinement oblige).

« Ma révélation mystique »

Le 8e morceau est une composition originale. Nul doute que sa place n’est pas hasardeuse, le chiffre faisant référence au nom de l’album. Hétéroclite et énigmatique il érige le saxophone comme élément clé dans la composition Jazz, même plus, le sacralise. Le dialogue entre les claviers et le synthé fait aussi son originalité. L’Artiste convoque ici toutes ces influences en huit minutes mais ce qui en garantit la richesse n’est pas tant le génie que l’ambiance qui s’en dégage.

Certains auront parfois qualifié cet album de néo-jazz, ou de jazz expérimental. Mais peut être devrions nous y voir avant toutes choses une sorte d’ode à la musique, une célébration, une allégorie de la richesse du Jazz dont l’étendard est ici haut porté.


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