Népal Adios Bahamas

Comme un tout dernier adieu, l’entourage de Népal avait pris la décision de sortir son premier album Adios Bahamas. Un projet qu’il avait bel et bien fini de son vivant. Tragiquement décédé le 9 Novembre 2019, cet artiste torturé proche du collectif L’Entourage, ne nous a pas quitté sans laisser une trace indélébile sur le rap français.

La lettre ouverte de Népal

Adios Bahamas est une véritable leçon de vie. Dans une époque où l’on cherche tous à acquérir le nouvel iPhone à la mode et toucher le jackpot, Népal nous explique clairement dans cet album que le vrai bonheur ne se trouve pas si loin. Dans le titre « En face », il n’hésite pas à nous inciter à ouvrir les yeux et à voir « la vérité (qui) s’trouve en face de toi ».

Poète torturé, Népal reproche aussi le comportement des hommes. Que ce soit pour leur individualisme ou bien leurs leçons de moral il ne les épargnent pas. Le jeune rappeur assume d’ailleurs son dégoût pour les autres : « Vois-tu j’ai arrêté d’essayer de comprendre ces gens, qui reprochaient aux autres des erreurs qu’eux-mêmes commettent ». 

Selon lui, nous sommes tous contrôlés par le capitalisme qui nous forge un faux bonheur et dicte notre rythme de vie. De plus, tout comme Damso, (à retrouver ici >> Qalf : William remplace Damso) Népal critique vivement cette course à la production. Les rappeurs s’obligent à sortir des musiques parfois jamais travaillées et pourtant très bien accueillies par le public : « Les cerveaux des petits se font endommager par des sons de merde qu’on a pliés en dix minutes ». 

Népal, tout simplement

Mais dans sa lettre ouverte, Népal nous parle surtout de lui. Ce rappeur, qui s’est toujours placé à l’écart du showbiz ne montrant jamais son visage se livre dans cet album. 

Beaucoup de titres parlent de lui et de son mal-être. Népal ne savait où se placer dans ce monde, et cela, pendant longtemps. Dans « Crossfader » il illustre parfaitement cette situation dans son refrain : « J’ai toujours mené ma Life en Crossfader » 

Le Crossfader est un bouton disponible sur les tables de mixage et qui permet de passer d’une piste à une autre. Avec cette métaphore, Népal montre encore une fois qu’il ne savait absolument pas où se situer dans ce monde qui est le nôtre

Comme une introspection dans son cerveau, Népal nous ouvre certaines portes pour tenter de comprendre celui qu’il était.

Beau malheur

Adios Bahamas est sans hésiter un album mélancolique de part ses textes. Et pourtant, l’album lui, est lumineux. De part ses prods et de part le rythme de ses différents titres, les fans de Népal n’ont pas l’impression d’écouter un projet si triste. 

À l’image du titre « Vibe » qui malgré une touche plus mélancolique rapportée par son couplet et celui de Sheldon, Népal offre pourtant un refrain tout en simplicité assez joyeux et entraînant. 

Contrairement à ses précédents EP, où les projets étaient beaucoup plus sombres, avec des prods très moroses, Adios Bahamas semble pourtant plus positif. 

Le dernier titre qui clôt l’album exprime clairement ce qu’est Adios Bahamas. Daruma dans une prod estivale et calme nous transporte dans un long voyage. Celui des doutes et des pensées de Népal. Mais Adios Bahamas, c’est aussi la fin du périple, c’est accepter qu’il n’y a pas de paradis sur terre. Et c’est justement pour ne pas nous brusquer, tout en nous enseignant ce que lui-même a compris, qu’il nous entraîne depuis l’introduction dans ce doux voyage. 

Désormais, tous les projets de Népal sont disponibles sur son site : 444nuits.

Et toujours en son honneur, 12 fresques murales verront le jour dans les rues de Paris. 12 fresques pour les 12 titres qui composent Adios Bahamas, le projet de toute sa vie. La première quant à elle est déjà apparue. Elle se situe rue des Thermopyles, dans le XIVe arrondissement de Paris. Là d’où il était originaire.

Népal n’était pas comme les autres. Loin des rappeurs actuels, esprit torturé, il aura complètement bouleversé le monde du rap. Celui qui a « peint l’ciel couleur lavande » l’a rejoint, complétant un ciel déjà bien trop étoilé.


Lucas MARCELLIN

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