Etienne DAHO

Il y a un peu moins de trente-cinq ans, Etienne Daho nous ouvrait les portes de Eden ; en nous dévoilant 12 titres pour une immersion au sein d’un jardin plus si secret. Déjà dévoilé au public le 19 Novembre 1996, l’artiste a choisi de le faire rééditer le 18 octobre 2019 ; puis de l’intégrer à un coffret comprenant des lives remixés et une version remastérisée.

Pochette d'album Eden Etienne Daho

Sensation d’une renaissance

Le rythme saccadé et répétitif du premier titre donne immédiatement le ton de l’album. L’immersion sonore et esthétique est totale. Elle est conduite par un fond sonore nous permettant de nous imaginer dans un monde parallèle, presque idyllique. Le ton confidentiel avec lequel l’Artiste semble s’adresser à son auditeur ne fait que renforcer ce sentiment ; tandis que les échos font perdre tout repère spatio-temporel.

“Au commencement” semble être à défaut d’une naissance, une renaissance. Si le jeu amoureux est assurément l’inspiration divine de l’album, il n’en demeure pas moins que ce premier titre est hanté par la question du dédoublement et de l’alter-ego. L’éternité est ainsi figée durant quelques minutes, avant que le cours du temps nous reprenne et pousse les passagers que nous sommes à franchir une ligne. Sur laquelle, nous déambulons, tels des funambules poussés vers le second titre, alors que le chanteur s’interroge à propos d’un ailleurs plus prometteur. Aucun doute, nous sommes bien au bon endroit ! C’est avec délectation que nous nous imprégnons de la sonorité quasi mystique que renferme cette composition. Le rythme mécanique de la batterie y contraste avec la musicalité du clavier et de la voix féminine faisant écho.

‘’Passager’’ sonne donc comme une introspection, un voyage en notre propre conscience. C’est le fil conducteur de l’album. ‘’Dans un Serpent sans importance’’, tout se bouscule. Une fois de plus la question de l’identité genrée est mise en porte à faux. La critique se fait ressentir à travers les vices ici érigés en délices absolus qui en fait certainement le morceau le plus sensuel de l’œuvre.

La présence de trombones bouleverse également notre oreille. Elle nous plonge dans un bouillonnement musical que les ‘’Pluies chaudes de l’été’’, mélancoliques bien que lumineuses ne font que confirmer. L’association du piano et de la batterie nous confère un sentiment de plénitude que nous conférait déjà “Heures hindoues” dans l’album Pour nos vies martiennes. “Les Bords de seine” quant à eux sont très Jazz, conférant ainsi à l’album une note de sérénité.

Un album à duos

‘’Me Manquer’’, occupe la cinquième place de l’album. Ce titre en constitue également le premier duo, musical et linguistique –  Etienne Daho est accompagné de Astrid Gilberto –. L’harmonie Franco Italienne charme dès les premières notes. Elles nous embarquent dans une balade enchanteresse au sein de la Capitale… des arts et déserte.

Le second duo de l’album fait office de flashback, avec ses sonorités 70’s, mais également un abandon confidentiel et pudique que l’anglais traduit avec justesse sans pour autant trahir la fragilité de l’instant. ‘’Soudain’’ ne trahit pas cette légèreté. Le chanteur se prend alors à rêver de Paradis avec l’élégance du spleen Baudelairien. Il est certainement de ceux que le public connaît le plus parmi le répertoire de l’Artiste. Également aussi celui qui rejoint la pensée d’un non moins illustre personnage qui déclarait que les plus beaux paradis sont ceux que l’on a perdus…(Marcel Proust).

Puissent ils être retrouvés aux confins de “l’Enfer enfin”, aux accents de new wave sur lesquels planent l’ombre de Syd Barett. L’ambiance pesante n’a d’égale que celles qui se retrouvent dans les tragédies les plus sombres et les poèmes magistraux. Subtile équilibre entre exaltation et censure dont la drogue, fusse-t-elle nommée amour, joue un rôle de premier plan. Elle transparaît toutefois ici comme un procédé sacrificiel, dont la poésie est portée par ‘’Timide intimité’’ faisant revivre Wald Swingle et à qui nous aurions bien donné rendez-vous au ‘’Jardin des plaisirs’’.

Une douce conclusion

Le rythme électro s’empare de nous et nous plongent dans des minutes incandescentes ; d’une permissivité extrême, appuyé par le vénéneux “Quand tu m’appelles Eden’’, éloge de la liberté et de la sensualité ; en dissonance avec un air presque enfantin qui cadence les paroles de la chanson.

Etienne Daho referme doucement la porte avec ‘’Des adieux heureux ‘’ ; si cela reste encore à prouver, illustrent le fait qu’il est indéniablement un de ceux qui drape au mieux la pop musique d’allures prophétiques.

Il ne vous reste plus qu’à vous (ré)immerger dans cette réédition et vous laisser emporter par les mélodies de Etienne Daho.

Article rédigé par Emmanuelle Forestier.


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