Luni crédit Margaux THERON DESNOS

📷 Margaux THERON DESNOS

         En arrivant à FGO-Barbara, ce grand bâtiment culturel situé dans le 18ème arrondissement de Paris, c’est une ambiance assez festive qui nous accueille. Malgré l’obligation de respecter les règles sanitaires, tout le monde a l’air joyeux dans la salle ; tandis qu’est projeté sur un écran géant la prestation en live-stream des différents artistes invités par « Ici Demain Festival ». Cet évènement, mis en place pour mettre en avant l’éclosion de nouveaux artistes aux styles bien particuliers, devait accueillir de nombreux passionnés de musique. Il n’a pas été annulé mais retransmis du 20 au 22 novembre 2020 en direct ; sur les différentes plateformes de rediffusion.

Dans une période où les concerts sont pour la plupart reportés ou annulés, il est difficile pour des artistes en quête d’une renommée de se frayer un chemin. « Ici Demain Festival », offre justement cette chance de se faire découvrir malgré la période. Tout cela, grâce au live-stream comme nous l’expliquent Pascal et Léo, deux des programmateurs de l’évènement.

YOUR MAGAZINE : Quels sont les objectifs lorsque l’on crée un évènement comme celui-ci pour des jeunes artistes ?

Léo : Tout d’abord, le festival a été créé pour eux. Nous on a un travail en amont avec 80% des projets sélectionnés pour l’évènement. On a travaillé avec eux en studio, en salle de concert et de danse. C’est ce qu’on essaye de répéter : même s’ils ne sont pas dans notre système d’accompagnement à l’année, en amont on travaille avec eux pour que le rendu final soit le plus qualitatif possible. Du coup, c’est vraiment pour les mettre en valeur, pour une visibilité sur le net. Le but n’est pas de les envoyer au feu et de se dire que ça ne rend pas bien, non. Le but est de les faire travailler pour avoir un rendu le mieux possible.

YM : Comment avez-vous sélectionné ces artistes ?

Pascal : Comme toute forme de programmation d’artistes émergents, le coup de cœur est important. Il faut aussi à l’écoute, avoir de réelles convictions avec ce que l’on entend ; sentir un réel plaisir à découvrir la musique d’un artiste. Il faut aussi décider de le programmer au moment où il (l’artiste) en a besoin.

Pour faire le lien avec le contexte actuel, qui est particulièrement compliqué pour des artistes en développement, il était important de maintenir ce genre d’évènement, et de proposer ce live-stream. C’est l’occasion d’exister ; montrer que pour le déconfinement on est prêt à jouer et éventuellement à sortir de nouveaux titres. C’est une manière de s’inscrire en relais du travail de l’entourage de l’artiste. C’est aussi l’idée de faire découvrir aux professionnels de jeunes artistes pour qui on a un coup de cœur. Cela fait aussi partie des missions d’un lieu comme FGO-Barbara d’assurer une veille sur la création musicale, en particulier sur des esthétiques assez diversifiées et métissées.

Parmi les divers artistes d’Ici Demain Festival figure Luni, véritable pépite du rap. Il s’est notamment fait connaître pour ses projets : Bleu, Orange, Rose, Noir. Après avoir enchaîné nombre de ses titres comme Konbanwa en live dans l’un des studios de FGO-Barbara, Luni nous rejoint tout sourire pour nous livrer ses impressions sur cette expérience.

YM : Pourquoi avoir fait un évènement comme celui-ci ?

Luni : En vrai je l’ai surtout fait pour voir ce que donne le live-stream. Je l’avais vu sur d’autres artistes et je voulais voir, pour moi qui aime quand je suis sur scène, échanger avec les gens, comment j’allais gérer ça.  Le fait de l’avoir fait c’est de l’expérience en plus et des choses à apprendre tu vois. Et je pense même pour la suite que les lives-streams vont se faire de plus en plus.

YM : Tu remarques une différence avec un vrai public ? T’es plus à l’aise devant eux ?

Luni : Moi le problème c’est que je suis trop à l’aise (face au public). Je prends ça comme si c’était des gens de ma famille, j’ai pas de gêne. Mais cette expérience c’est totalement différent. Il y ’a des choses que tu ne peux pas faire. L’échange humain il n’est pas là. Moi quand je suis sur scène, j’ai besoin de beaucoup d’amour, d’énergie et de le ressentir en retour. Là quand t’es en live-stream tu donnes à travers un équipement, du matériel, t’as aucun retour. Même les gens derrière sont grave froids car ils sont focus sur leur taf. C’est comme si tu veux serrer la main à quelqu’un et qu’il se tourne… (rires).

Après ce qui est bien dans cela, c’est que ça permet à tout le monde de voir ta prestation, par des gens qui n’ont pas forcement l’opportunité ; ceux qui sont pas en région parisienne et qui peuvent pas me voir. Ça solidifie les liens entre toutes les personnes qui nous regardent.

YM : La Covid-19 a impacté ton planning d’artiste ? Tes différentes sorties, tes projets ?

Luni : Non il m’a pas impacté. J’étais en période de création, et en plus d’élaboration de promotion. J’avais prévu de commencer à parler de mon projet, et c’est là que ça a tout chamboulé. Mais comme j’ai dit je l’ai pas vu comme un problème, au final j’ai pu faire de meilleurs sons ; en refaire certains et avoir des meilleurs artistes sur mon projet. Donc voilà ! C’est juste repoussé mais je pense pas que ça va pas plus m’impacter que ça. De base je fais beaucoup de streaming, je suis moins un artiste de scène, en tout cas pour l’année 2019 et 2020. Mais en 2021 j’aspire à ce que les choses changent et que je puisse faire une tournée ; mais ça ne me pose aucun problème si ça se fait en live-stream.

YM : Tu participes aussi au Tremplin Radar, c’était déjà dans tes ambitions ou c’est la période qui te pousse à adhérer à ce genre de projet ?

Luni : Non, non, moi je m’en fou un peu tu vois ? Quand on s’est inscrit, on s’est dit « viens on le fait », on n’a même pas regardé les étapes d’inscriptions. Mais c’est vraiment quelque chose de bonus, on compte pas là-dessus. Si ça marche tant mieux. Ça va vraiment être une grosse aide. Maintenant, si ça passe pas c’est pas grave on fera autrement, on a d’autres plans.

YM : T’es chaud de reprendre la scène après le live-stream ?

Luni : Moi je suis chaud depuis début 2020. C’est juste que je tarde à sortir mes trucs. Je veux que ce soit bien fait, je ne veux pas le sortir avec n’importe qui. Moi j’ai déjà fini mon projet à 96% tu vois, il manque deux trois trucs à faire.  J’ai déjà fini la suite aussi j’attends le bon moment.

YM : Et c’est quoi le bon moment ?

Luni : Le bon moment, c’est gagner Radar par exemple, je pourrais me permettre de sortir un truc et de choper une sorte de deal ou d’engouement qui me convienne et après je sors mon projet. Pour moi, en toute modestie il est fini. Bon, c’est subjectif mais pour moi, j’ai l’un des meilleurs projets rap français. Je trouve que c’est très quali(tatif). Rien n’est bâclé. C’est le meilleur projet de ma carrière.

Malgré une situation sanitaire qui n’arrange pas les artistes, certains comme Luni y voient un avenir plutôt optimiste, et souhaite aller de l’avant. Avec des évènements comme « Ici Demain Festival » et les nouvelles opportunités du live-stream permettant de réinventer le monde du spectacle, la musique pourrait peut-être retrouver un second souffle.

Propos recueillis par Lucas MARCELLIN.


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