Depuis le 10 mars, le collectif Urgence notre police assassine à lancé l’application Urgence Violences Policières (UVP), disponible sur Android et IOS. Cette application a été créée par des familles de victimes afin de récolter des preuves en cas de manquements dans les dossiers de victimes de violences policières. Amal Bentounsi, membre fondatrice du collectif, nous en parle.

Vous avez créé l’application Urgence Violences Policières, combien de temps avez-vous mis à développer cette application ?

Depuis un an, cette idée germait dans ma tête. Il a fallu le même temps pour que l’application soit pensée et développée.

Quel est but de cette application aujourd’hui ?

Pour le collectif et les autres familles c’était de savoir comment faire pour que les violences policières ne restent pas impunies. Dans de nombreuses affaires les caméras de surveillances ne fonctionnent pas. Soit les images sont tronquées, soit les familles et les victimes ont du mal à accéder aux images. L’idée nous est donc venue par rapport à tout ce constat-là, mais aussi par rapport aux témoignages récurrents que l’on a sur notre page Facebook : « on avait le portable, on nous l’a arraché puis on nous a effacé les vidéos ». A partir de là, impossible de prouver quoi que ce soit.

À la suite de cela, nous en tant que familles de victimes, nous devons palier à un manque institutionnel. C’est exactement ce que nous tentons de faire avec cette application. L’important c’est de sensibiliser l’opinion publique et ceux qui doutent de la véracité de nos propos et de ce que l’on avance.

Comment fonctionne-t-elle ?

Les images sont envoyées directement sur nos serveurs, une analyse en est faite. Une notification est envoyée à la personne sur son portable, comme quoi il y a un traitement qui est fait de la vidéo. Dans un second temps, soit elle est validée et on constate effectivement qu’il y a matière à poursuivre de façon à pouvoir remettre des images entre les mains de la justice, soit elle est rejetée. Afin que l’application soit fonctionnelle, il vous faut vous connecter une première fois en renseignant un numéro et un email correcte de façon à ce que nous puissions vous recontacter en cas de poursuite. Ce n’est surtout pas pour des exploitations de données. L’intérêt est pour nous, de retrouver les différents témoins des vidéos, ce qui prend énormément de temps.

Dans l’affaire de Douai par exemple, Souleimane B avait vu tourner l’application sur différents réseaux sociaux et donc l’avait téléchargée. A partir de là, il a gardé son calme et cette vidéo a permis de démontrer le fait qu’il n’avait pas de couteau dans ses mains malgré ce qu’on avait pu entendre dans la bouche des policiers. Cette vidéo a pris une grande ampleur en étant partagée plus de 4000 fois. C’est ça qui est important aussi.

J’invite tous les gens à être vigilant, que ce soit pour ceux qui filment mais aussi pour ceux qui se font contrôler. On sait que le contrôle peut mal se passer. Avec cette application, on voit bien que les policiers ont du mal à être filmé alors que normalement ils n’ont rien à se reprocher. Ce qu’on nous évoque, c’est qu’ils auraient peur d’être reconnus. Mais sur des millions d’affaires, il n’y en a eu aucune où cela a été le cas.

Après que les vidéos vous ont été envoyées, comment aidez-vous les victimes et les familles de victimes ?

On leur donne tous les conseils. Dans la majorité des cas, on se rend bien compte que quand on est victime de la police, on n’est pas des victimes à part entière. Il s’agit en effet de paroles de policiers contre celles de citoyens. On doit doublement se battre pour essayer de trouver une solution. Du coup, on leur facilite la tâche en leur donnant toutes les données, la procédure, ce qu’il y a à faire, comment constituer le maximum de preuves…

Quelles difficultés rencontrez-vous ?

Certaines personnes sont désemparées face à la police qui représente tout de même l’État. La question c’est : que fait-on face à l’État ? On essaye d’apporter des solutions, de dénoncer, car c’est ça l’objectif. Beaucoup de personnes ne nous croient pas en fait ou ont du mal à y croire. Des personnes doutent, parlent de fake, de vidéos montées alors que ce n’est absolument pas le cas. Si les vidéos étaient tronquées ou fausses, nous n’aurions pas des journalistes ou des parquets qui nous suivent. Je pense notamment au parquet de Bobigny qui suit notre pagre et regarde régulièrement quand il y a des affaires dépendantes du 93.

L’idée pour nous c’est aussi de sensibiliser ces magistrats qui sont derrières leur bureaux, qui reçoivent uniquement la version policière, de l’OPJ (Officier de Police Judiciaire) qui rédige un rapport et souvent les rapports sont rédigés par les mêmes OPJ que le commissariat où l’action s’est passée. Ce qui n’est clairement pas déontologique et objectif.  

Quels messages faites-vous passer à travers cette application ?

L’idée de cette application c’est de rappeler aux policiers qu’il y a les réglementations en vigueur, que le policier n’a pas de protection en matière d’images. Il faut leur rappeler leur rôle de policiers : ils doivent interpeller, et à partir du moment où on est interpellé et menotté, on doit se sentir en sécurité, quel que soit le délit. Ces dérives de violences existent depuis de nombreuses années. On voit notamment que dans les morts suspectent, la légitime défense du policier est beaucoup invoquée. C’est d’ailleurs ce qu’on avait évoqué dans mon affaire alors que la réalité était toute autre.

En réalité, il faut prendre conscience qu’il y a une autre version possible que celle avancée par l’institution policière. De plus en plus de gens sont indignés par ces comportements, que ce soient des gens de quartiers populaires, des citoyens lambdas, ou avec le mouvement des gilets jaunes. Et on note que les poursuites et les condamnations sont rares. Nous on a envie de changer les choses. On a envie de dire aux institutions policières : vous manquez d’éléments, nous on va vous en mettre en possession et à vous de faire la justice maintenant.

Comment répondrez-vous si une interdiction de filmer la policer était mise en place ?

On essaiera de contester. Légalement, je ne sais pas si c’est possible puisque la question a fait l’objet de jurisprudence. Et je pense notamment à l’arrêt Philippo où la liberté d’informer prime sur la protection du droit à l’image. Il faudra qu’on soit tous debout contre cette décision qui me semble être non constitutionnelle car la liberté d’informer est un droit fondamental.

Après, je pense que les professionnels du droit et même certains syndicats de la magistrature se lèverons contre ces décisions qui semblent encore une fois renforcer le sentiment d’impunité, car encore une fois la seule arme qui nous reste pour lutter contre ça ce sont les images. On ne peut rien faire d’autres et c’est la seule chose qui est légale. Si nous n’avons plus ça, les risques et l’indignation seront encore plus grande. On n’aura un sentiment de ne plus pouvoir faire quoique ce soit et on pourra tomber dans l’engrenage où les gens seront tellement désemparés qu’ils seront amenés à faire justice eux-mêmes. C’est ça qu’on a envie d’éviter, on a envie que les choses se passent dans les règles de droits.

De quoi avez-vous besoin aujourd’hui ? Que vous manque-t-il ?

On a besoin de soutien. Bien évidemment cette application est gratuite pour les utilisateurs mais nous elle nous coûte des frais. Nous sommes une association, pour ceux qui veulent y adhérer, ils peuvent. C’est 30 euros par an. Vous pouvez nous envoyer votre paiement via Paypal, et via l’application il y a la possibilité de faire des dons. Malheureusement, l’argent c’est le nerf de la guerre. Si on a envie que cette application continue, il faut défendre nos droits. C’est un outil qu’on a mis en place pour l’ensemble de la population. C’est vraiment avec l’aide et le soutien de toutes les personnes bienveillantes qui voudront nous aider que nous pourrons y arriver.

🛑Les syndicats policiers sont mécontents de la condamnation de leurs collègues à Marseille, ils s’inquiètent pour leur…

Publiée par Collectif urgence notre police assassine sur Samedi 9 mai 2020

L’application est disponible sur Android et IOS. Les gens peuvent nous joindre via l’app, notre page >> Facebook ou notre compte >> Instagram. Il faut se dire qu’on est une force et que si on n’a pas envie que ça continue, c’est à nous de nous battre. Cette application, c’est la solution que nous avons trouvée pour le moment. Elle ne plaît apparemment pas aux syndicats policiers mais c’est qu’il y a une raison et que nous sommes sur la bonne voie.

Merci Amal d’avoir répondu à toutes ces questions.


Margaux Mouy

Rédactrice en chef des rubriques MUSIQUE, SOCIETE et LECTURE chez YOUR MAGAZINE.

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