Ayelya

On vous parlait déjà de Ayelya dans notre dernier Top du mois >> à (re)découvrir ici. On ne se lasse pas de Nota Bene, son premier EP sorti le 27 mars et nous sommes partis poser quelques questions à cette “Humain impliqué”.

En 2014, vous avez fait l’émission The Voice, qu’est-ce que cela vous a apporté dans votre carrière musicale ?

L’expérience The Voice m’a avant tout apporté de la visibilité, la certitude d’être télégénique lol et surtout la bénédiction de me parents. Deux cerveaux ayant fuit le Congo, pour qui les études constituaient alors la seule manière de me réaliser. 

Qu’est-ce que représente la sortie de Nota Bene pour vous ?

La sortie de Nota bene c’est un peu un accouchement pour moi. 🙂 Conçu dans l’amour, celui de la musique, mais aussi de ceux qui ont permis à cet EP de voir le jour. C’est la libération après une longue et douloureuse attente ! On a tout fait à la maison avec Clyde et les copains. Nous avons pas mal pris notre temps, freinés par nos multiples casquettes respectives, derrière d’autres artistes ou dans d’autres projets. Autant de frustrations guéries par la sortie de ce premier bébé.

Si vous deviez décrire votre EP en quelques mots, quels seraient-ils ?

« castigat cantando mores » (châtier les mœurs en riant) ! Plus sérieusement, si je me permet de détourner la visée de la comédie, c’est bien parce que l’écriture est pour moi une manière de corriger mes mœurs, panser mes plaies, dire tout haut ce que je pense tout bas, un peu comme une « Hip Hop Thérapie »

Vous êtes une artiste à texte où la mélodie détient une grande importance, avec une collaboration avec Clyde. Qu’est ce qui naît en premier ? Comment vous vienne vos textes ?

Il n’y a pas de règles, on peut partir d’un de mes textes, ou d’une prod de Clyde. On suit un peu l’inspiration du moment et les vases communicants de la créativité nous mènent toujours à destination. Mais ce qui naît toujours en premier quel que soit le sens dans lequel on bosse c’est l’émotion. Texte et mélo n’ont pour but en réalité que d’exprimer un sentiment précis, de  la manière la  plus honnête possible. Donc je pense que le moteur c’est bien les stimuli de la vie et ses aléas, qui conduisent à ces émotions bien ou mal digérées, et la nécessité pour moi de les décortiquer en musique.

Votre titre « Je fais » est un peu comme une renaissance, un réveil, est-ce exacte ? S’agit-il d’une nouvelle Ayelya qui se dévoile ?

Ça fait bientôt 6 ans que je vis de la musique sans pouvoir faire entendre ma voix. Cachée derrière d’autres artistes, l’anglais ou l’illusoire confort des soirées privées. “Je fais” est finalement le premier titre que je livre en mon nom et sous ma plume. Donc ce n’est pas  une nouvelle Ayelya qui se dévoile, mais juste une Ayelya qui se présente enfin.

Quels messages voulez-vous faire ressortir de votre projet ?

Ce projet se nomme Nota Bene, car il compile des leçons  que  je ne veux pas oublier. Et la plus importante d’entre elle, est qu’il faut « oser être soi ». J’ai passé beaucoup de temps à essayer d’être quelqu’un d’autre.  Essayer de rentrer dans la boite, pour coller à ce que je pensais qu’on attendait de moi, de ma scolarité. A part The Voice j’ai passé des heures sombres à me demander où était ma place, un peu comme tous mes genYers lol. Je pense vraiment que s’accepter tel qu’on est, force comme fragilité c’est le début du bonheur. Donc « Oser être soi » d’abord  pour « oser croire en soi », à savoir se donner les moyens de réaliser ses rêves. Il ne suffit pas d‘espérer. Croire est pour moi un processif actif, lié au mérite.

En clair je ne pense qu’on naisse spéciale, mais qu’on le devient en bossant comme un acharné sur quelque chose qui nous fait vibrer, sans compter nos heures. Donc oser croire en soi, c’est oser tout donner sans retenu. Parce que l’on sait que son rêve mérite au moins ça. Autant de valeurs très présentes chez nos ainés qui ont l’air moins évidentes aujourd’hui, à l’air du numérique où tout nous est facilité.

A travers « Plan A », vous attaquez délibérément les propos que Christine Angot avait tenus lors de l’émission On n’est pas couché sur France 2. Quelle réaction avez-vous eu au premier abord ?

Comme beaucoup d’artistes  je pense m’être sentie insultée par ses propos. Je me souviens lui avoir préparé à l’époque un freestyle un peu corrosif (que j’ai eu la sagesse de ne pas diffuser) ; dans lequel j’expliquais que si je m’étais acharnée sur les bancs de fac, ça n‘était pas parce que devenir médecin était mon plan A. Mais bien par ce que la société ne m’avait jamais permise de me projeter en tant qu‘artiste. L’école façonne les esprits. On nous  pousse à rentrer dans un moule, à penser pareil et si on ne se visualise pas dans ce cadre tant pis. On te fais comprendre qu’être artiste c’est pas un métier. Pour preuve les intermittents sont indemnisés par la caisse d’allocation chômage. Même La Fontaine condamne la cigale à la famine pour avoir chanté tout l’été!

Qu’est-ce que vous lui dite aujourd’hui ? 

Aujourd’hui je lui dirait juste qu’elle a raison. Être artiste c’est toujours le résultat d’un échec : celui de l’éducation nationale à  inclure les gens qui pensent trop différemment. D’où les chiffres dramatiques du décrochage scolaire en France.

Est-ce qu’avec ce titre nous pouvons vous considérer comme artiste impliqué ?

Je connaissais pas le terme d’artiste impliquée lol. Je me dirai plus humain impliqué de toute façon. Mais en réalité je situe ma musique à la frontière entre RNB et RAP, et « qui peut prétendre faire du rap sans prendre position ? »

Qu’est-ce qui vous énerve le plus aujourd’hui (dans cette société actuelle) ?

Beaucoup de choses sont énervantes lol. Mais ce qui m’effraie le plus aujourd’hui dans notre société c’est l’hyper sexualisation de tout ! J’ai l’impression qu’avec le temps, le vice a gagné du terrain. Je ne parle même plus des scènes hot dans les publicités pour nous vendre du lait mais bien des programmes comme on en trouve sur Netflix  adressés aux ados qui parlent de triolisme ou de prostitution comme manière de tromper l’ennui. On dirait qu’on essaie de faire reculer l’innocence. On apprend à nos sœurs, nos filles que la norme c’est Kim Kardashian et sa renommée acquise de manière douteuse, que la fin justifie les moyens, et que l’amour ne commence pas en dessous  de 1200 euros. Nous sommes très loin de « la belle époque des vraies  valeurs » dont parlait Wallen « où la pudeur était essentielle»

Un prochain projet à nous dévoiler ?

On a tout plein de titres qu’on a choisis de ne pas mettre sur l’EP et qu’on pense tout de même sortir au cours l’année  avant de se lancer sur un deuxième Ep. Mais concernant mes premiers amours il y a bien un album dans le four How flowers are made avec le groupe Supa Dupa dont la sortie est prévu pour début 2021.

Merci Ayelya pour toutes ces réponses !


Margaux Mouy

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