James Baker 2020 crédits Simon Vitkovsky

📷 Simon Vitkovsky

Avec sa musicalité proche des années 80, sa voix grave et mélodique, ainsi que sa paire de Cortez au pied, James Baker semble avoir une idée précise du rappeur qu’il veut être. Sa musique, touchante et honnête, parle souvent d’amour, de sexe, et de jeunesse. Cet ex-Youtubeur s’est reconverti rappeur en publiant son premier titre Café Court le 1er janvier 2019. Depuis, il a enchaîné les singles et les featurings. On note celui avec le groupe Bolides pour le titre L’astuce ou encore Moka Boka avec Dans la pièce. Vendredi dernier il a enfin sorti son premier projet nommé Ephème. Un EP de 5 titres nous plongeant dans son passé, sa part de féminité comme il le dit lui-même sur ses réseaux. À l’occasion de la sortie de son projet, nous sommes allés à sa rencontre pour connaître ses secrets.

YOUR MAGAZINE : Salut James, tu viens enfin de sortir ton premier projet presque deux ans après ton premier single ; pourquoi avoir attendu si longtemps ?

James Baker : Effectivement, j’ai commencé par sortir plein de singles car j’avais le projet de sortir un son par semaine. Je n’étais pas prêt à sortir un projet concret. Mais cet EP, il est prévu depuis le précédent confinement. On réfléchissait déjà avec mon équipe à s’adapter à la période. Nous étions un peu sceptiques. C’était la première fois qu’une période comme cela arrivait, on ne voulait pas prendre trop de risque. Validé c’est la sortie qui a le mieux marché vis-à-vis du public. Des gens m’ont même validé paradoxalement au son (rires).

YM : Cet EP s’appelle Ephème, ce mot n’existe pas dans le dictionnaire, que signifie-t-il pour toi ?

JB : Il y a plusieurs raisons pour ce nom. Déjà Ephème signifie beaucoup de choses pour moi, ça représente ma musique. C’est aussi l’acronyme de la radio FM, c’est un truc sur lequel j’ai joué. J’étais un peu lié avec la radio, notamment avec les playlists que j’ai faites sur Spotify (cf. James Baker FM / Elletize FM). C’est aussi le début de plusieurs mots qui pour moi sont très représentatifs de ma musique comme « efféminé » ou « éphémère ». C’est un mélange, les mots sont significatifs à la musique que je fais.

YM : Et Ephème peut avoir un lien avec le mot EP comme son diminutif ?

JB : Bah grave, tu viens de trouver un autre lien (rires).

YM : Sur Instagram tu annonces ce projet comme une partie de ta vie ; c’était important pour toi de dévoiler ta facette la plus intime ?

JB : Pour moi, c’est important d’être sincère dans la musique. Et je pense être sincère quand je parle de moi-même. Je n’ai pas eu beaucoup de soucis alors j’essaye de creuser des problèmes qui peuvent être intimes dans ma tête. Ça fait un peu peur dans la musique mais je pensais que j’allais toujours dire la même chose. Je le ressentais, j’écrivais toujours sur les mêmes sujets. Mais finalement grâce à ce projet, et ma musique intime, ça me donne des réponses à mes questions d’évolutions, et me permet de peut-être changer de point de vu. D’après mon expérience avec cet EP, par rapport à ce que j’écris maintenant, j’ai l’impression qu’il y a une évolution dans le bon sens et dans la continuité de ce qu’Ephème est.

YM : Ce projet parle beaucoup d’amour, est-ce une question centrale dans ta vie ?

JB : Oui ça l’est et on le voit dans mes textes. Je pense à trois choses principalement dans ma vie : c’est l’amour, le sexe et ma vie professionnelle. Donc forcément ça fait partie intégrale des questions que je me pose, c’est un peu une routine de pensée. C’est important mais je pense que je me pose des questions différentes que celles que se posent les jeunes de mon âge. Pour répondre à ta question, je pense que l’amour c’est ce qui dicte la musique et au-delà de l’amour-amour, mon amour pour ma vie professionnelle, mon amour pour les femmes, pour tout. Et aussi ma difficulté à voir l’amour comme quelque chose de facile et abordable.

YM : Tu parles beaucoup de ta jeunesse, en disant que tu grandis mais que tu restes jeune. Finalement, tu es encore un grand enfant ?

JB : Je pense l’être encore, car dans les codes de la société, je reste jeune. Puis je ne pense pas être assez mature, j’ai pas assez de vécu, pour pouvoir me prôner adulte. Mais au final, même adulte, je pense que je ne pourrais me sentir comme tel. C’est important pour moi de garder cette part d’enfant. D’ailleurs pour mon premier tatouage, j’ai écrit « Le Kid » sur mon haut de pec ; fin j’ai pas de pec (rires), mais c’est significatif pour moi. Je veux garder mon âme d’enfant et, l’avoir marqué sur moi, c’est me dire que je veux rester comme ça, grandir dans la musique, dans ma façon de penser.

YM : Dans le titre Le jeu tu parles de ton passé de Youtubeur, aujourd’hui est-ce une force ou une faiblesse ?

JB : Non clairement, il m’a aidé, je ne peux pas le nier, ou dire que je serais là sans passer par là. Ça m’a formé sur plein de choses, ne serait-ce que pour le montage des miniatures des clips sur Youtube. Puis j’avais des réseaux sur mes premières sorties. Je ne dis pas que je l’assume à 100% ; mais je ne le remets pas en question et je suis content d’être passé par là.

YM : Pourquoi avoir mis ce titre dans cet EP ?

JB : J’ai décidé de mettre ce titre car c’est mon passé, je dois en parler. J’avais déjà fait des références dessus, sans en parler totalement. Je pense que dans un vrai projet, je devais placer un son qui avait un rapport avec ça. Ce que je raconte dans cet EP, c’est tout ce qui m’est arrivé grâce à cette période. Il a donc totalement sa place ici ; même s’il n’a pas forcément un rapport direct avec les lyrics (des autres titres de l’album).

YM : Dans le titre Tous les Jours, tu dis : « J’ai pris la tasse court café », titre de ton premier single. Est-ce que le James Baker d’Ephème a évolué par rapport au James Baker de Café Court ?

JB : Bah clairement, il a évolué, il a changé, il a eu le temps de changer, même dans sa vision de la musique, sa façon d’écrire. Et même quand je l’écoute aujourd’hui, malgré que ce soit un titre que j’aime beaucoup, je sens que j’ai une fébrilité dans la voix. Je l’assume pas totalement. La tasse de court café, c’est le début de ma vraie confiance en moi. Notamment, car j’ai changé de métier, même si l’autre me donnait quand même confiance en moi. Mais là, je peux faire ce que j’aime en m’amusant totalement, sans me soucier de ce que les autres veulent.

YM : La prod est très travaillée sur cet EP, tu les fais d’ailleurs toi-même avec Arnaud Graff à la guitare ; était-ce volontaire ?

JB : De base, je suis plus sensible à la musique vis-à-vis des instrumentales ; que ce soit dans la musique contemporaine, ou les musiques de films qui n’ont pas forcément de paroles. La prod, c’est important. Je n’y vois pas une plus grande facilité, mais un instinct direct, alors qu’avec l’écriture, je me prends plus la tête. J’ai plus d’automatisme créatif, inversement aux lyrics, où j’ai un point de vu auto-critique. Si je fais de la merde, je n’irai pas plus loin pour creuser. J’arrêterais et je recommencerais pour faire quelque chose de bien.

Alors que pour James Baker, l’objectif est d’essayer de clipper les nouveaux titres de son EP, comme il l’a récemment fait pour le titre Tous les jours, il ne cache pas qu’une suite est en cours de préparation : « Ce projet est une première partie et je sais ce qu’il va arriver après, j’ai une idée concrète. ». Le temps pour les passionnés de musique de découvrir ou de redécouvrir James Baker.

Propos recueillis par Lucas MARCELLIN.


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