Komorebi © Alexandre Mellak

À l’occasion de la sortie de leur premier EP : “ICI”, Komorebi nous a invités à leur release party le 10 Juin dernier aux Trois Baudets. ICI, c’est un mariage entre l’électro et la poésie, entre le Synthé et les mots intraduisibles. C’est aussi une histoire racontée en plusieurs chapitres, qui parle d’émotions, de la vie et de la contemplation. Nous avons eu la chance d’avoir une discussion avec Claire et Clara après leur performance riche en émotions. Faire un concert après tant de temps d’attente, c’est une expérience presque onirique.

📸 Alexandre Mellak

Un retour à la scène riche en émotions

YOUR MAGAZINE : Ça fait au moins un an que l’on n’a pas vu de concert en live. Du point de vue du public, c’était assez incroyable. C’était comment de monter sur scène après tant d’attente ?

Clara : Grave ! Nous c’est un peu la même chose. On n’avait pas joué depuis Février 2020 devant un public. Moi j’ai pleuré plusieurs fois sur scène, c’était quand même super émouvant. J’me rappelle à chaque fois de la chance qu’on a d’être deux quoi ! À chaque fois que j’suis touchée j’me tourne vers Claire. On a ressenti des choses puissantes et la salle était super réceptive. Les Trois Baudets est un théâtre assis donc il y a vraiment une autre écoute. T’es pas en train de danser avec ta pinte. Non, là tu es obligé de regarder.

Claire : On voit toutes les têtes et là c’est hallucinant ! T’as un mur d’yeux qui te regardent comme ça… 

YM : La pression un peu ?

Claire : Ouais un peu mais de la bonne pression enfaite. C’est super excitant parce qu’on a beaucoup travaillé !

Clara : Entre le jeu, la musique, l’exécution… La pression vient du fait que l’on savait qu’il y avait beaucoup d’attente.

Pour beaucoup de gens, c’était le premier concert du monde d’après.

Clara

C’était plus de l’excitation, un espèce de truc qui bouillonnait.

Des mots intraduisibles

YM : Comme vous l’avez dit dans des interviews, Komorebi c’est un mot japonais qui signifie « la lumière du Soleil qui traverse le feuillage ». Pourquoi avoir choisi ce nom pour votre duo ? 

Claire : Enfaite Komorebi c’est un mot intraduisible en Japonais. C’est le premier mot intraduisible qu’on a découvert et vu qu’il parle de lumière et que l’on s’appelle Claire et Clara, on s’est dit que symboliquement c’était la première clef de voute qui nous a ouvert sur tout le projet. Ce mot est peut-être un peu dur à retenir mais une fois qu’on l’a on le garde ! 

YM : Vous devez sûrement avoir une superbe connexion entre vous car vous travaillez toujours ensemble. Comment est-ce que Komorebi a débuté ? 

Clara : Enfaite on vient toutes les deux de Franche-Comté et nos frères étaient en colocation donc on se connaissait vaguement de vue. Claire faisait déjà de la musique avant et elle a eu l’opportunité de monter un projet en partenariat avec une salle de concert. Elle m’a proposé d’essayer de faire ça avec elle. On a une bonne connexion de base et c’est pour ça qu’on travaille tout le temps ensemble. Pendant 2-3 mois on a créé un espèce de laboratoire où on se faisait écouter des trucs, on discutait, on voyait ce qu’il se passait, et j’pense que toutes les deux sans beaucoup se connaître on a senti qu’il y avait une complémentarité et quelque chose qui pouvait naître de ça. On s’appelle tous les jours, on est tout le temps ensemble quoi ! C’est pas Komorebi qui nous rapproche, c’est parce qu’on est proche qu’on arrive à faire Komorebi. 

YM : Komorebi c’est de l’electro et de la poésie. Est-ce que vous êtes toutes les deux dans ces deux domaines ou à chacune sa spécialité ? 

Claire : Moi j’suis plus texte, sur l’écriture et Clara la prod. La complémentarité est là.

YM : Et c’est comme ça que vous arrivez à former votre duo et à traduire ces mots intraduisibles à travers de la musique electro ? 

Claire : Enfaite c’est le prétexte. C’est la contrainte de base qui fait qu’une fois que l’on sait où on va on peut traduire un mot en musique, en décor, vidéo, en clip, en carte postale, en parole, en ce qu’on veut ! 

YM : Donc vous partez du mot ?

Claire : C’est ça, tu pars du mot, tu t’en inspires et tu fais des trucs. Tu peux faire une chorée, tu peux faire une peinture tu peux faire ce que tu veux enfaite. Tu pars de la définition !

Komorebi release 10/06
📸 Elisa Morillon

Clara : La base de la base du process c’était ça puisqu’on ne se connaissait pas beaucoup. Ca nous a aidé à savoir où on allait, ça a guidé notre chemin enfaite ! Ça l’a orienté et ça l’a façonné parce qu’on savait qu’on n’allait jamais s’en écarter. 

YM : D’où vient cette passion pour les mots intraduisibles ?

Clara : Ça c’était la base du projet mais maintenant on ne compose plus forcément à partir de mots intraduisibles. À la base c’était pour contraindre la création car quand tu crées avec quelqu’un que tu ne connais pas, ça peut partir dans tous les sens. Ça permettait de créer un canevas. On était sûrs qu’on parlait du même sujet. Dans les paroles et la musique, ça nous plaisait d’avoir un concept fort. Des mots qui existent que dans une seule langue, qui veulent dire des choses qu’on ne peut pas dire en français autrement que par une phrase, c’est passionnant. Ça permet de décrire des couleurs, des sensations, des odeurs, des cultures… Du coup c’est une mine d’or en termes d’inspiration qui nous a paru évidente. 

YM : Enfaite c’est comme un melting-pot culturel ? 

Claire : C’est ça, c’est super inspirant parce que y’en a pour tous les goûts, ça parle de tous les thèmes, y’en a dans chaque pays, y’en a des milliers. Nous on a choisi de parler des mots qui parlent de contemplation, d’amour, de partage, de lenteur, de nature et de toutes les valeurs qu’on a envie de défendre et qu’on a eu envie de mettre dans ce projet. 

YM : Vous avez l’air d’être très curieuses et passionnées par la vie et par les cultures. Est-ce que la musique que vous faites est une concrétisation de toutes les observations que vous faites sur la vie ?

Clara : Avec Claire on aime bien parfois se demander quel est le propos de Komorebi, ce qu’on défend. Nous on dit tout le temps que c’est la contemplation, l’émerveillement, le retour à la lenteur, à l’appréciation de la beauté dans tout. Aujourd’hui ce qu’on écrit et ce qu’on fait, c’est pour dire qu’on peut se poser, se regarder l’un à l’autre et admirer ce qu’on a autour de nous. On pense que c’est comme ça que peut-être le monde ira mieux. Mais c’est un tout petit bout de solution qui pour nous, passe par la musique et par la production artistique qu’on fait. 

Un premier EP clôturant un chapitre

YM : Qu’est-ce que vous avez retenus de la réalisation et de la production de cet EP ?

Clara : L’EP cristallise le fait de prendre le temps, de se sentir soi. C’est un peu un EP qui parle de l’introspection, du for intérieur, écouter ses émotions, les accepter, les laisser couler. C’est comme ça aussi qu’on s’apaise et qu’on arrive à une certaine harmonie.

Avant de faire cet EP, on a fait des concerts pendant 3 ans sans jamais rien sortir. Et c’était une vraie volonté parce que du coup on voyait la musique comme une matière qu’on retravaillait en permanence. Entre deux concerts on pouvait se dire “vient on rajoute ça”. Là, on a décidé de figer les morceaux dans l’EP. Donc c’est un peu comme un mini deuil parce que tu dois accepter de donner une forme finale à ta musique. Mais en même temps ça permet aussi d’avancer et de se dire bon bah là cet objet il existe avec la pochette, les clips et toute la narration. Puis tu peux passer à une étape d’après. 

YM : Votre EP a été construit par chapitres, est-ce que vous pouvez en dire un peu plus ?

Claire : C’est un chemin qu’on prend et on a essayé de travailler sur les émotions. On a essayé de créer une histoire. On a inventé ce personnage qui, ici, traverse toutes ces émotions, qui s’en libère et qui accepte d’être traversée par tout ça, de ressentir des choses et elle en ressort plus forte, sur la résilience. 

YM : D’où le chapitre sur l’adversité ?

Clara : C’est ça. Le morceau sur l’adversité c’est le morceau « Tailwind ». C’est un mot qui veut dire le vent arrière. Dans ce morceau, c’est accepté d’être bousculé par le vent. Accepter d’être chahutée, de perdre le contrôle, que parfois les choses s’envolent et disparaissent. 

YM : C’est quoi la suite ?

Clara : La suite c’est pas mal de concerts cet été. On est contentes de pouvoir jouer sur scène parce qu’on vient quand même de là. L’EP c’était une expérience intéressante et on adore qu’il y ait un objet qui rassemble nos morceaux, mais en vrai nous on adore l’expérience de la scène. On créé une scénographie, on tourne avec des techniciens, c’est vraiment un spectacle. Et ensuite on prépare l’album pour 2022. Le thème ce sera sûrement le temps. 

YM : Est-ce que vous avez un message de fin?

Claire : Prenez le temps !

Clara : Et allez voir des concerts en vrai. C’est comme ça qu’on soutient les artistes parce que ce sont vraiment les concerts qui les font vivre et qui permettent à la musique de se propager.

Merci Komorebi d’avoir répondu à toutes nos questions !

Interview réalisée et retranscrite par Elisa Morillon.


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