« Le Nid de cendres est l’histoire d’une rencontre entre mon écriture et une famille de jeunes comédiens talentueux. Elle est écrite pour eux, pour leurs voix » – Simon Falguières

L’aventure théâtrale Nid de Cendres, le temps d’une journée, envahit la scène du Centre Dramatique National de Caen. Le 30 novembre 2019 pendant cinq heure et trente minutes, les acteurs.trices de Simon Falguières ont réalisés un marathon énergique sur le grand plateau du théâtre. Une jeune troupe de comédiens et comédiennes dirigés par un normand. Une relève normande qui vient peu de temps après Thomas Jolly ou encore David Bobée. La Normandie reste sur le devant de la jeunesse théâtrale avec ce nouveau metteur en scène et sa compagnie Le K.

Crédit photographie : Simon Gosselin

Une histoire digne d’une odyssée antique !

La traduction au plateau de deux époques représentées symboliquement par une pommes coupée en deux. La première moitié représentant un monde contemporain post-apocalyptique. La deuxième représentant un conte où l’on cherche la porte d’un monde complémentaire. Tout cela nous semble lointain et dure de compréhension mais nous sommes guidés par une fille et son père qui seront nos repères tout au long de cette épopée. L’arrivée de ces deux personnages se fait par le public, au début de la pièce. Une métaphore nous fait comprendre que se seront eux nos guides. Leur positionnement dans le public les place en tant que spectateurs – complices, qui s’adresseront directement à nous public tel que le ferait un bonimenteur au Moyen-Age. C’est donc eux qui nous raconteront l’histoire, cette histoire de deux mondes que tout sépare mais qui doivent se rejoindre pour survivre.

” Mettre au monde une nouvelle génération ou sauver l’ancienne ? “

Les bases sont posées, le rideau se lève. La pièce commence dans le monde contemporain. Ce monde est touché par une catastrophe, tout le monde tombe malade. L’arrivée d’un couple, une femme va accoucher, que deviennent les priorités d’un monde déchus ? Mettre au monde une nouvelle génération ou sauver l’ancienne ? L’enfant naît, il s’appellera Gabriel. Coupure. Nous sommes dans l’autre monde, une reine est sur le point d’accoucher. L’enfant naît, elle s’appellera Anne. L’histoire est là, une relève pour chacun des deux mondes. Un couple qui doit les réunir et les sauver. Mais ce n’est pas si simple, les obstacles se dressent. Le diable, un personnage haut en couleur qui sévit dans les deux mondes se donne la mission d’anéantir cette réunion par tous les moyens…

Les références de cette pièce sont nombreuses : Sophocle, Shakespeare ou Homère. Cela outrepasse même la référence car ces auteurs sont convoqués dans la pièce.

Crédit photographie : Simon Gosselin

Une scénographie spectaculaire !

Toute cette grande fresque découpée par d’autres est traduit au plateau dans la scénographie d’Emmanuel Clolus (ayant collaboré avec entre autre Stanislas Nordey, Eric Lacascade, ou encore Wajdi Mouawad.). Une scénographie pour représenter deux mondes sur un seul et même plateau. La difficulté avec une pièce qui repose sur autant de lieu, c’est la question de la représentation. Simon Falguières dit : « Plus l’image est simple, plus l’imaginaire du spectateur est sollicité, plus la magie du théâtre aura lieu avec force. ». C’est alors l’idée de ce plateau presque nu. Une architecture de « blocs » modulables qui détermine notre imagination en tant que spectateur (un château, un jardin, un hôpital … ).

” Un plateau remarquable, travaillé avec ingéniosité “

Car c’est là toute la prouesse de cette scénographie : créer un imaginaire excessif chez le spectateur. Les lumières de Léandre Gans viennent à leur tour insister et mettre en travail l’imaginaire du spectateur. Sans compter sur l’appui aux costumes de Clotilde Letendu, la musique de Valentin Portron, aux accessoires d’Alice Delarue et à la régie plateau de Guillaume Rollinde. Tout ces noms sont sous la régie générale de Clémentine Bollée. Si je les cite c’est pour souligner le sens important de l’imaginaire apporté. Ce travail au plateau est remarquablement empli d’ingéniosité. Ces artifices visibles nous poussent encore plus dans l’imaginaire jusqu’à en perdre la tête. En ajoutant que je le jeu des acteurs est jubilatoire, enchaînant les personnages, les émotions avec une sincérité qui rend l’épopée rythmée. On retrouve une fiction plus que présente.

Crédit photographie : Simon Gosselin

Cette pièce, cette expérience théâtrale est bien plus qu’une épopée, elle est une réponse. La réponse à la question cela vaut-il la peine de croire que le théâtre peut encore nous surprendre ? A cette réponse je ne peux que répondre oui, après toute une après midi assis face à cette prouesse que réalise les 16 acteurs.trices je ne peux que dire que le théâtre à encore beaucoup de mondes à nous faire découvrir. Simon Falguières est un jeune metteur en scène que l’on doit suivre car je pense qu’il a la folie de nous faire voyager pendant longtemps dans ses univers.

La pièce est à découvrir ou a redécouvrir prochainement en Normandie le 14 décembre au CDN de Rouen et le 28 décembre au CDN de Vire.

Crédit photographie : Simon Gosselin

Flavien RONDEAU

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