Lewis OfMan assis sur un sofa jambes collées, mains sur les genoux et regard fixé sur la caméra, Il est là pour présenter son premier EP Dance Party

credit photo : Margaux MOUY TORVIC (c) YOUR MAGAZINE

Après Vogue, General Pop et même France Culture, Lewis OfMan est chez YOUR MAGAZINE pour présenter son tout nouvel EP « Dance Party ». Lewis OfMan c’est un véritable artiste, il produit autant qu’il compose, pour les autres et désormais pour lui.

À seulement 23 ans, l’artiste ne semble plus vraiment intimidé et a répondu à nos questions avec beaucoup de justesse, on l’a senti vrai. Il s’est présenté à nous comme un livre ouvert, c’est aussi ça sa musique. Elle est à savourer sur le moment, un peu comme la vie. Lewis nous donne envie de voyager, mais pas comme les autres artistes. Chez lui, il y a ce temps que l’on sait éphémère, plus précieux. Avec Lewis, le temps on le savoure de manière encore plus intense. C’est ça « Dance Party ». C’est joyeux, festif, c’est fondamentalement communicatif, mais c’est éphémère. Le son passe si vite, on essaye d’en profiter, sans doute pas assez. Cet EP, quoi que vous en fassiez, il restera dans votre tête, vous en garderez le rythme. Lewis OfMan sort son nouvel EP et il était à Paris à nos côtés, samedi 13 mars.

Retranscription écrite d’un échange humainement et artistiquement perçant.


credit : Margaux MOUY TORVIC (c) YOUR MAGAZINE

YOUR MAGAZINE : Après avoir sorti plusieurs sons par ci et là, vous avez décidé de les regrouper autour d’un EP, pourquoi cette volonté, maintenant ?

Lewis OfMan : Ce qu’il s’est passé c’est qu’il y a 2 ans, je suis parti à Barcelone avec 2, 3 synthés que j’avais choisi exprès, dont un « moog model D ». Je les ai choisis parce qu’il y avait un son dedans qui ressemble à celui d’une voix. C’est un son qui glisse, que l’on entend d’ailleurs beaucoup dans l’EP. À ce moment-là, j’en avais marre de chanter. J’avais l’impression de mieux m’exprimer par les mélodies et mes instruments. Cette impression de pouvoir faire comme dans une peinture abstraite. J’avais des images en tête et des rêveries que je voulais retranscrire en musique.

YM : Dans « Las Bañistas », quelle était cette rêverie justement ?

Lewis : C’était une petite soirée sur un toit en Grèce, vers 22h. À ce moment-là, j’étais dans une pensée de l’album qui était de montrer qui j’étais. Je me suis rendu compte au fil du temps que ce n’était plus vraiment moi, que le temps était passé. C’est comme une fête, ça ne dure pas toute la vie. C’est également comme un rêve, on ne le prévoit pas, puis on ne s’en souvient pas complètement. Cet EP, c’est un peu ça. Après cette chanson, j’ai décidé de faire des chansons qui parlent un peu plus de moi. Entre temps j’ai grandi dans ma vie, et j’ai compris aussi qui j’étais. J’avais envie de dire d’autres choses. Des choses qui n’étaient pas forcément marrantes.

Dans votre EP, il y a quelque chose de très cosmopolitan. On passe d’un mood à l’autre, c’est très pop, très latino, électronique aussi, l’EP sonne autant italien qu’américain… D’où est né tout ce mélange ?

C’est le kiff’ ! Moi ça me fait kiffer de me dire qu’à ce moment-là je vais mettre tel ou tel truc. Par exemple, le synthé oriental qui arrive à un moment dans « Las Bañistas », ça me fait trop kiffer de le mettre. Je me dis que c’est cool. Le côté latino, j’avais vu des nanas danser à des soirées sur ce style de sons quand j’étais à Barcelone et j’avais envie…

de remettre ça en musique ?

ouais grave !

Vous vivez toujours un peu à Barcelone ?

Non, non, non… je suis revenu à Paris pleinement et je regrette souvent.

Pourquoi ?

Paris, c’est un peu comme une ex toxique.

On est content de s’en aller, mais on revient parce qu’on sait qu’on doit revenir.

Pourquoi faut-il revenir si on est bien mieux ailleurs ?

Beh, je ne sais pas trop.

Je crois que c’est important d’avoir toujours la sensation qu’on part. J’ai l’impression que si on est tout le temps ailleurs, il y a ce moment où on a l’impression de se perdre, parce qu’on oublie que c’est un voyage.

C’est en lien avec votre musique, votre histoire ? Vous avez beaucoup composé pour les autres, maintenant vous sortez vos propres projets…

J’ai toujours aimé faire de la musique. Composer pour les autres c’est cool. C’est un bonus, un extra et à un moment c’est devenu un peu plus présent dans ma vie. J’ai pas fait de la musique pour faire que ça.

Ça vous a plu au moins ?

Je suis content de toutes les chansons que j’ai faites avec des gens, mais il y a toujours un moment où ça nous saoul d’entendre les idées des autres, alors que moi je sais que j’ai des idées. Je veux pouvoir les exprimer.

C’est ce que vous avez pu d’ailleurs enfin faire à travers « Dance Party »

Et que je fais en ce moment sur l’album que je suis en train de composer.

Dans « Attitude », il y a ce côté très dance floor

La danse est quelque chose qui fait partie de la chanson sans que je m’en préoccupe vraiment. J’ai des réflexions d’images abstraites. Dans Attitude c’était le documentaire « Style Wars », qui est un documentaire sur les graffitis à New York dans une années 80/90, et c’est ça que je trouvais trop frais. Moi, j’aime bien les chansons qui ont des histoires, des montages russes. C’est ce que j’ai essayé de faire avec Attitude.

Vous avez commencé la musique très jeune, vous vous êtes lancé dès 2018 à sortir vos propres sons, puis en 2020, mais rien en 2019

C’est le moment justement où j’étais à Barcelone. Y’a eu beaucoup de concerts à cette période. On avait organisé une tournée plus ou moins worldwide. Je suis parti en Chine, au Liban, je suis parti aux Etats-Unis, en Espagne..

Qu’est-ce que vous retenez de tous ces voyages ?

Ce que je retiens déjà c’est avoir l’impression d’exister, de bien utiliser la vie que j’ai. J’ai la chance de voir le monde sous des formes intéressantes, par la musique et les concerts.

Puis je retiens aussi toute cette inspiration que les différents endroits me procurent. Prendre le train de nuit qui va de Taïwan à Shanghai, c’est un délire plutôt intéressant. Idem quand je suis allé à Florence il n’y a pas longtemps pour une résidence, ce sont des choses qui restent en tête.

S’il y avait un seul pays à garder, lequel serait-il ?

Ce serait la Grèce. Dans l’endroit où je vais, on est coupé de tout.

Dans un lieu très beau, avec des énergies très inspirantes, on se sent plus beau.

Quand je suis là-bas, je me réveille, je bookine au p’tit dej’ et je ne suis pas sur mon tel

Vous ne pouvez pas le faire à Paris ça déjà ?

À Paris c’est pas le mood. Moi je n’arrive pas à me lever et bookiner. À Paris, je vais me lever, je vais regarder Insta, je vais bader et je ne sais pas pourquoi. Récemment, je parlais avec une amie danoise qui me disait adorer Paris. C’est cette relation là que je dois avoir avec la capitale. Il faudrait que je sois étranger à la ville, que je n’ai plus les codes. Se mettre dans le mood : je ne connais pas les gens, je ne connais pas le truc et ça deviendrait alors une ville inspirante. Ce n’est actuellement pas le cas pour moi. Apart les soirées, les histoires, les gens et ce que l’on vit. Je ne vais pas être inspiré en marchant la nuit dans les rues de Paname.

Au tout début de cette rencontre, vous avez évoqué l’envie de parler de quelque chose de plus profond à travers « Dance Party », quelle était-ce ?

Quand j’ai fait cette EP, ça faisait 4 ans que j’étais avec ma copine et quand on grandit comme ça, on est beaucoup protégé de certaines facettes qui font qu’on s’intériorise. On grandit avec quelqu’un, on est donc jamais vraiment seul. Une fois que l’histoire s’arrête, d’un coup, on est confronté à soi-même. Tout seul. Ça donne lieu à beaucoup plus d’émotions et grâce à cette connaissance de soi, on peut aller chercher des sentiments qui vont tendre à quelque chose d’universelle, des évènements que tout le monde vie. Il y a des chansons sur la folie, d’autres sur le bonheur ultime

C’est quoi le bonheur ultime ?

Je crois que le bonheur ultime, c’est être dans une autre ville et croiser une fille qu’on connaît dans cette ville un peu par hasard. Passer genre une aprem avec. Ça c’est génial, parce que c’est hors du temps. C’est juste un moment génial. On sait qu’il ne va rien se passer, mais ca va donner du grain à moudre pour les deux. C’est le bonheur ça, mais peut-être pas ultime.

Maintenant que l’EP « Dance Party » est sorti, le clip Las Bañistas également, que va-t-il se passer ?

Je ne sais pas.

Ça vous faire peur ce vide ?

Je m’en fous un peu. Moi, tant que ma musique sort et que les gens peuvent l’écouter, ça me suffit. C’est ça qui me fait fondamentalement plaisir.


Stanley TORVIC

Directeur de la Rédaction Pop Runs