Poundo crédit KACHKACH.VISION

Poundo Gomis, conteuse auto-proclamée a sorti son premier EP We are more le 27 novembre 2020. L’artiste franco-sénégalaise nous emporte dans son projet. Elle y affirme son identité, qui elle est et d’où elle vient en renouant musicalement avec son héritage guinéo-sénégalais. Une très belle réussite qu’on a voulu développer avec elle.

YOUR MAGAZINE : Comment avez-vous connu la musique ?

Poundo : J’ai fait de la musique au conservatoire quand j’étais petite. J’ai fait de la flûte, du piano, un peu plus tard j’ai fait de la basse, guitare et de la batterie. Je faisais aussi de la chorale au conservatoire. J’ai toujours eu l’attrait pour la musique et petit à petit j’ai développé un vrai amour et une envie de faire de la musique. Mais je n’ai jamais maîtrisé un instrument à proprement parlé. Je ne suis jamais allée jusqu’au bout. Je viens tout juste de reprendre le piano.

YM : Pourquoi le piano ?

P : C’est un instrument qui va me permettre de faire de meilleur instrumental je pense. C’est aussi un instrument que j’aime beaucoup. C’est le premier instrument sur lequel j’ai joué. Il y a aussi quelque chose d’assez particulier avec le chant. Je me dis que ça ne peut que m’apporter musicalement.

YM : Qu’est-ce que ça vous fait d’avoir sorti votre premier EP ?

P : J’ai l’impression d’avoir mis un enfant au monde (rire), et d’être sur l’après. Là j’ai le blues d’après sortie, c’est-à-dire l’excitation. Je me dis : « whao, j’ai accompli tout ça. »  Je suis dans un état un peu contemplatif je dirais, estomaquée du travail accompli.

YM : Si vous aviez quelques mots pour le décrire, quels seraient-ils ?

P : Comment je décrirais mon EP ? Personnel, énergique, et storytelling. Il y a un côté très autobiographique dans la manière d’écrire les chansons. Il y a beaucoup d’images et de métaphores, c’est vraiment moi.

YM : En quoi est-il autobiographique ?

P : Je parle beaucoup de mon identité. Je suis née à Paris, j’y ai grandi, j’ai été élevée ici avec une famille qui est originaire du Sénégal et de la Guinée-Bissau. C’est vrai que quand j’étais à la maison c’était l’Afrique à fond, je parle ma langue couramment. Mes parents tenaient vraiment à ce qu’on ait un contact avec notre culture. On nous obligeait à parler le manjak à la maison. J’ai grandi avec cette double culture. Ma musique reflète vraiment ça.

Après, je suis allée vivre à New-York et là-bas, une vraie question d’identité a commencé à se poser. On me demandait : « where are you from ? » et je répondais « I’m from Paris ». Les gens me disaient : « comment ça tu es française ? On voit que tu es noire. » Il y a aussi eu la dualité afro-américaine et africaine. Là-bas, c’est comme ci mon identité s’est affichée sur un méga grand poster. C’était évident. Je suis Poundo, mon prénom est africain… Cet EP a vraiment permis de l’affirmer, de m’affirmer.

YM : Quand on vous parlait de votre identité, vous le viviez comment ?

P : Je ne l’ai jamais mal vécu. Les gens avaient besoin de me mettre dans une case. C’est plus fort qu’eux. Notre société est comme ça. Alors que je suis française à 100%, bissau-guinéenne à 100%, sénégalaise à 100%. J’ai aussi un côté un peu américain parce que j’ai vécu aux Etats-Unis pendant des années. Aujourd’hui, je ne peux pas être autrement. Ce sont toutes ces différentes cultures qui font qui je suis aujourd’hui. Je ne peux pas faire autrement. J’en parle plus comme une force et non comme une faiblesse. Je suis une citoyenne du monde. J’ai grandi entre l’Europe et l’Afrique et j’en suis fière. Pour certaines personnes c’est un réel problème.

YM : C’est pour ça aussi qu’on a ce mélange de langues dans l’EP ?

P : Complètement. Pour moi, il y a certaines choses que je n’arrive pas à dire en français. J’écris très souvent en anglais. Je tiens même un journal en anglais. Pour moi, il y a certaines choses qu’on ne peut pas dire dans certaines langues. Il y a aussi une musicalité propre à chaque langue. Après c’est vrai que dans l’industrie de la musique en France, il faut absolument chanter en français. Je pense que c’est une erreur, que tout le monde peut chanter dans n’importe quelle langue. Il n’y a pas forcément besoin de comprendre les mots pour être touché ou ému, pour ressentir quelque chose.

YM : Et pensez-vous écrire en français un jour ?  

P : Oui. J’écris déjà en français, j’adore la langue française. C’est vrai que c’est prévu mais c’est juste que je n’ai pas encore eu l’occasion d’en sortir un. Pour moi, il n’y avait pas un morceau en français qui rentrait dans la succession et la progression de l’EP.

YM : Concernant votre projet, avez-vous un coup de cœur pour l’une de vos chansons ?

P : Je les aime toutes parce qu’elles représentent chacune une étape de vie. Je parle beaucoup des femmes, de mon enfance… Je fais aussi un hommage à ma grand-mère, donc je pense que c’est l’une de mes préférées. C’est la dernière de l’EP : « Yay ». Je l’ai écrite il y a très longtemps et j’en suis très attachée. C’est quelqu’un qui m’a beaucoup influencée sur mon chemin, en tant que femme et en tant que personne. Il s’agit d’un morceau que j’aime vraiment beaucoup.

Symboliquement, je suis aussi très attachée à « We are more ». C’est la première que j’ai sortie au mois de février, c’est mon premier morceau. C’était, ça passe ou ça casse. J’ai été tourner le clip à Dakar exprès parce que j’avais besoin de retourner sur la terre de mes ancêtres pour parler d’identité. Je suis très fière du clip et de la chanson. J’aime tous mes morceaux mais pas de la même manière. Chacune a sa saveur, son histoire ou son message. C’est très difficile de choisir.

YM : Qu’est-ce qui vous vient en premier : les mots ou la mélodie ?

P : Je dirais que c’est d’abord la mélodie. Pendant que je produis le morceau, des images m’apparaissent naturellement. Je suis quelqu’un qui aime bien le cinéma, l’étalonnage, le stylisme. Je fonctionne comme ça. Souvent pendant que j’écris la musique, j’ai déjà des paroles qui me viennent en même temps. Je suis quelqu’un qui travaille très rapidement. Ça veut dire que souvent tous les morceaux qu’on a entendus sont écrit en une heure. C’est du one shot. Quand j’ai l’idée, c’est maintenant. Je déteste revenir sur une production musicale. Une fois que je l’ai créée, j’ai envie de passer à autre chose. Je suis très impatiente.

YM : Vous touchez un peu à tout ?

P : J’adore l’art en général. Ça a toujours été mon truc. Je dansais petite, j’écrivais, je jouais des instruments, je faisais pas mal de choses. Je voulais même dessiner mais malheureusement je n’avais aucun talent pour le dessin. J’ai essayé quand même. C’est vraiment à New York que j’ai pu faire tout ça en même temps sans être jugée. On a tendance à penser en France, que si on est danseuse on ne peut pas bien chanter, sinon ça veut dire qu’une des deux choses est mal faite. En France c’est une chose à la fois alors qu’aux Etats Unis, c’est une fierté, c’est positif. Tout d’un coup j’ai plus de crédibilité, parce que j’ai ce côté américain, c’est très bizarre.

YM : D’où votre surnom de « couteau suisse » ?

P : Complétement. J’ai toujours eu ce côté où je regarde un peu tout. Mes amis aiment bien m’appeler quand ils ont de nouvelles créations, pour avoir mon avis, car j’observe tout : la danse, la tenue, la lumière, j’écoute la musique. J’adore !

YM : Donc vous choisissez aussi vos tenues ?

P : Oui ! Je suis au stylisme. Parfois je me fais aider. J’ai une amie avec qui je travaille souvent, elle s’appelle Céline Bourgeois. Je lui montre mes inspirations, je contacte les gens que je connais parce que j’ai quand même un joli carnet d’adresse et du coup on travaille ensemble. C’est moi qui fais le stylisme dans les clips, et elle m’aide dessus. Quand je vois des images, je vois aussi comment je vais être habillée, ce que je suis en train de faire. J’essaye de respecter et de suivre mon idée jusqu’au bout.  

YM : En ce moment vous êtes confinée à Paris, comment le vivez-vous ?

P : Franchement, je le vis plutôt bien. Je suis quelqu’un qui a toujours quelque chose à faire, je vais être en train de coudre des vêtements, ou me mettre à cuisiner, faire une nouvelle coiffe pour un clip, de la musique. Je suis quelqu’un qui ne s’ennuie jamais et en même temps, qui a un côté un peu solitaire. Quand j’ai une idée, j’y vais. Le confinement m’a laissé le temps d’être focus sur un seul projet et d’avancer. J’ai adoré le premier confinement, le deuxième moins. C’est un peu réchauffé, c’est moins fun quand même. Nous on avait une petite tournée qui commençait. On avait deux belles dates qui arrivaient, on a dû reporter voire annuler. C’est là où c’est moins marrant pour ce confinement. On ne peut pas aller sur scène.

YM : Vous y retournerez après ?

P : En effet, j’ai hâte ! D’ailleurs j’ai une date par Le Bizarre de Vénissieux (>> à retrouver ici) qui était initialement le 5 décembre, elle est reportée au 17 décembre. Il a fait venir ses coups cœur. Je suis très contente d’en faire partie. Il nous fait venir pour une captation vidéo qui sera diffusée en ligne, pour remplacer le fait que le festival est annulé.

YM : Un dernier mot à nous partager ?

« We are more » ! On ne sait pas qui on est tant que l’on ne sait pas d’où l’on vient. C’est vraiment très important pour moi et ça concerne tout le monde. Il faut aller chercher à l’intérieur, dans son histoire familiale, sa généalogie, dans l’histoire de sa terre. Je pense que c’est important de se connecter à soi-même. Avec les réseaux aujourd’hui, on est vraiment déconnecté, on est dans une fausse réalité et on passe à côté de beaucoup de choses. Pour les générations à venir ça va être de plus en plus compliqué.

Merci beaucoup Poundo !

📷 KACHKACH.VISION


Margaux Mouy

Rédactrice en chef des rubriques MUSIQUE, SOCIETE et LECTURE chez YOUR MAGAZINE.

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