Photo presse Thaïs Lona - (c) Sandra Gomes

Après la sortie d’Allure, Till I know et Dancing Again, Thaïs Lona se prépare à la sortie de son tout premier EP. Parolière, compositrice et interprète, elle vit sa musique à 1000% et nous la partage à travers « Dancing Again » son nouvel EP.

Thaïs Lona est une artiste qui s’apparente à la néo-soul, au hip-hop et au jazz mais qui souhaite supprimer les étiquettes de styles. Tout simplement, elle se place dans la vague de l’évolution musicale. « Dancing Again » c’est exactement la dose de sérénité qu’il nous fallait pour continuer le printemps. Un EP qui nous ambiance entre chill et groove, Thaïs Lona nous permet pendant quelques minutes de nous évader dans son univers musical. « Dancing Again » c’est un univers musicalement humain, rempli de symboles, le début de quelque chose d’encore plus grand, qu’elle partage avec nous à travers un échange rien que pour vous.

La Musique, une histoire d’amour

YOUR MAGAZINE : Quels rapports avez-vous avec la musique ? 

Thaïs Lona : C’est un peu comme dans un couple, par moment ça marche, par moment c’est idyllique et pafois on s’en veut. Disons que c’est un rapport un peu compliqué. Plus on donne de soi, plus il y a d’intérêt parce qu’on travaille et que ça finit par porter ses fruits. C’est cool, mais il y a toujours des petits moments où c’est un peu les montagnes russes. Parfois on se sent plutôt bien dans son art, le lendemain on se réveille et on se dit : « t’es nul, il faut que tu arrêtes ». La musique reste tout de même vitale pour moi, je n’ai jamais su faire sans. Elle m’apporte aussi beaucoup de sérénité et beaucoup humainement.

YM : Que faites-vous quand vous n’êtes, justement, pas satisfaite de vous ? 

TL : Je n’ai pas encore trouvé le truc mais généralement j’essaye de faire une pause. Je lâche le truc genre « bon okay, là t’es en train de de te juger très fort ». Heureusement, j’ai aussi des amis sur qui je me défoule, ils arrivent à appuyer sur le bouton off en me demandant de me calmer.

Vous comptez donc beaucoup sur votre entourage ? 

Totalement ! Je pense franchement que si je n’avais pas l’entourage que j’ai depuis ces dernières années, je n’aurais peut-être pas continué. Ils m’insufflent tous une énergie incroyable, que ce soit le label, Ibrahim Maalouf, mon entourage, mes amis. Ils me donnent la confiance nécessaire pour continuer.

Après la sortie de trois titres, votre public vous apporte-t-il aussi cette confiance ? 

J’ai la chance d’avoir eu une petite communauté très tôt. Plusieurs personnes que je ne connaissais pas avant partagent ma musique, m’envoient des messages de soutien. C’est très valorisant et je me dis que j’ai de la chance. Mais, il y a un rapport avec tout ça que je n’aime pas trop. Ce que je souhaiterai, c’est développer ma capacité à ne pas dépendre de la validation, ou la non-validation des autres, même si c’est très satisfaisant. Être vraiment capable d’avoir un sentiment mesuré quant aux bonnes et aux mauvaises critiques.

Vous souhaitez vous émanciper du regard d’autrui ? 

Oui, c’est complètement ça ! Je pense que ça viendra au fur et à mesure quand j’aurai affirmé mon identité. Il faudrait qu’on accorde nous-même cette validation. 

Dancing Again, a été un titre à part entière, avant d’être le nom de votre EP. Pourquoi celui-ci en particulier ? 

C’est le tout premier single que j’ai sorti, ce titre, c’est le début de quelque chose. Il correspond au moment où j’ai recommencé à croire en moi, où j’ai décidé que j’allais faire quelque chose avec ma musique. Sans Dancing Again il n’y aurait pas eu la suite. C’est celui qui a marqué d’une pierre blanche le fait que j’allais choisir d’être heureuse et que je n’allais pas attendre que quelqu’un d’autre me rende heureuse. C’est avec lui que tout a émergé et que tout a commencé à prendre des couleurs. Pour moi, c’est l’un des titres les plus colorés. 

Vous considérez que vos autres titres ne sont pas autant colorés ? 

Disons que je mets des couleurs sur tout, totalement « chelou » en fait (rires). J’associe les gens et les morceaux, ma musique à des couleurs.  Pour moi Allure est plutôt bleu, Dancing Again correspond à un ton rouge/orangé, Words est carrément jaune/orange, Till I know je n’ai pas trop vu sa couleur, mais ce serait dans les tons chauds. C’est vrai que Dancing Again en a plusieurs en fait parce que je pense que je passe par plusieurs émotions dedans.

Vous associez donc une couleur à une émotion ?  

Oui, c’est à peu près ça, un peu comme un arc en ciel. C’est une sorte de lien que je tisse entre les 5 titres. Ils sont tous représentatifs d’une couleur, d’ailleurs c’est pour ça que j’ai appelé l’album Cube. Il y avait ce côté Rubik’s Cube interne. Comment s’aboutir, se trouver, se finir ? Il y a aussi le côté des différentes couleurs de chaque face. Ça représente différentes facettes de moi. Je trouvais que ça avait une sorte de puissance de le nommer comme ça.  

Cube, c’est l’album qui nous attend en automne 2021, est-ce qu’il s’agit d’une suite de « Dancing Again » ? 

Oui c’est ça ! Un album de 13 titres, mais je ne cesse de vouloir en rajouter.  

Comment choisissez-vous quel titre ira ou non dans l’album ? 

C’est une question de feeling. Je me demande avec quel morceau je suis le plus en phase en ce moment, avec lequel j’ai le plus de connexion et de choses à dire. Pour les autres, je sais que ce n’est que partie remise. Parfois je vais aller chercher dans toutes les chansons que j’ai écris et voir laquelle m’inspire à nouveau (ou non). 

Aujourd’hui lequel de vos titres vous parle le plus ?

Words, en ce moment me correspond beaucoup parce que dedans je parle un peu de la rumination, du fait de toujours se dire ce qui ne va pas.

Engagée, non ; des choses à dire, oui 

Vous considérez vous comme une artiste engagée ? 

Franchement, non. J’ai des valeurs comme toute personne, que ce soit l’écologie, la lutte LGBT ou le féminisme, être contre le racisme… Tout cela va ensemble, je pense que lorsqu’on défend l’une de ces causes, on est aussi pour les autres. Je pense que ce sont des gens souvent humanistes qui vont dans ce genre de manifestations. J’aime bien faire la part des choses dans le sens où moi ce que je fais bien, c’est écrire, composer et chanter. Ce n’est pas sous prétexte que je suis une artiste, que je suis exposée, qu’il faut que j’émette mon avis sur tout. J’estime que certains aujourd’hui ne le font pas forcément bien et je trouve ça un peu dangereux.

Je n’ai pas vraiment envie d’être exposée à des plaidoiries contre telle ou telle chose.  Ce n’est pas mon rôle et je ne le ferai pas forcément aussi bien que d’autres dont c’est le métier, ou même la vie. Moi, ma vie c’est de faire de la musique. Il y a un peu cet amalgame en ce moment où dès qu’on est artiste on a l’impression qu’il faut défendre quelque chose. En continuant ma musique, rien ne m’empêche d’écouter, de m’intéresser, de continuer à m’instruire, tout en ayant les valeurs que je défends, mais avec humilité. En ce moment, ça manque un peu d’humilité. Tout le monde veut défendre son truc et ça a tendance à m’énerver. Donc pour artiste engagée, je dirais non parce que je suis un peu fâchée contre ce terme en ce moment.  

Voulez-vous tout de même transmettre quelque chose à travers votre musique ? 

Bien sûr ! Je sais que 180, ce sera un texte où je serai en mode girl power, Till I know aussi parce qu’il y a des paroles qui sont très explicites sexuellement. Le but c’était de dire, « ouais, je suis une fille, je parle de sexe et je vous emmerde ». C’est plus de cette manière que je me révolterai. Dans « Dancing Again » aussi, il y a un côté je suis une fille mais arrêtez de me demander s’il y a un homme qui me rend heureuse parce que c’est à moi de le faire et que je n’ai besoin de personne. C’est un but très important pour moi dans mes textes, et c’est quelque chose que je défends beaucoup. Tout ça fait écho à cette génération qui refuse de courber le dos, de ne pas avoir le même accès aux droits que les hommes, d’être maltraitée et ignorée. 

C’est de là que naissent vos inspirations ? 

Par rapport à notre milieu de travail on a toutes été exposées à des différences. Dans la musique, il y a un truc qui revient et qui m’agace très fortement, c’est qu’on me demande tout le temps : « Qui compose tes chansons ? ». À chaque fois je suis en mode, mais « pourquoi vous ne me demandez pas d’abord si c’est moi qui les compose ? ». Aujourd’hui, c’est pas habituel d’imaginer une fille derrière son ordi en train de créer toute la chanson, la prod, d’avoir des notions de mixe… c’est pas naturel. Ce sont toutes ces expériences personnelles qui me permettent d’écrire.

Quel rapport avez-vous avec ces propos ? 

Là actuellement, si je suis totalement honnête, c’est quelque chose qui me révolte, qui me fait bouillir, vraiment, et sur lequel je vais devoir travailler pour ne pas être trop agressive la prochaine fois qu’on me dira ça. Pour moi, ce sont juste des croyances limitantes. Sous prétexte que ces gens n’ont pas l’habitude de voir quelque chose, ce n’est pas envisageable. Ils ont du mal à comprendre mais ça va venir. Je suis dans une phase de maîtrise de moi. Ça me fait travailler ma patience, c’est pas plus mal. 

Pour Thaïs Lona, la sphère familiale est importante

Pourquoi avoir choisi l’anglais dans vos textes ? 

Je n’écoute que de la musique anglophone, depuis que je suis toute petite. J’écris spontanément en anglais. Je coécris avec mon ami Nota Bene qui lui est bilingue et qui me fournit beaucoup de vocabulaires. L’anglais c’est naturel, je l’ai toujours entendu. En plus, comme j’ai une famille avec plein d’origines diverses et variées, pour moi c’est la langue “numéro un” en ce moment, celle que tout le monde connait et que tout le monde comprend. 

Vous nous avez parlé de multiples origines, peut-on s’attendre à ce que vous chantiez dans une autre langue un jour ? 

Honnêtement, j’aimerais beaucoup. J’ai le choix, même si je n’en parle aucune. Je pense que je chanterai en français parce que j’adore cette langue. Il faudra que ma composition s’y prête. Je serai très contente de passer par le portugais, peut-être l’allemand…

Les sonorités allemandes vous inspirent ? 

Nan, franchement, je ne pense pas que je chanterai en allemand, on peut le rayer (rires). Quelque chose auquel ne pas s’attendre : l’allemand chez Thaïs ! Le portugais, plus, mais j’ai très peu de notions. Le portugais capverdien, est très spécifique. Dans l’album, on entend ma grand-mère parler en capverdien et donner des cours de capverdien à ma sœur. Peut-être que ce sont les prémices de quelque chose, on verra. 

Le rapport à la famille parait très important pour vous.

Il faut, c’est ce qui nous solidifie, ce qui nous construit. 

Comment tenez-vous en cette période ? 

Ça ne change pas vraiment pour moi. Je bougeais déjà pas mal. On maintient le groupe Whatsapp que j’ai créé, et ça nous permet d’échanger. 

Comptez-vous bouger en 2021 ? 

Oui, j’espère que tout pourra se faire. Je devais faire toutes les premières parties d’Ibrahim Maalouf, continuer les zéniths, si les conditions le permettent. Ensuite, il devrait y avoir mes premières dates en solo, ça sera une grande première, j’ai hâte.  Je suis déjà dans la création de la suite, peut être de nouveau single. 

Thaïs Lona – extraits Live – (c) Nicolas Tussing

Merci Thaïs Lona pour cet échange humain et sincère.

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📸 Sandra Gomes


Margaux Mouy

Rédactrice en chef des rubriques MUSIQUE, SOCIETE et LECTURE chez YOUR MAGAZINE.

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