Alors que la France est paralysée par les grèves contre la réforme des retraites, le théâtre privé quant à lui, est en train de suffoquer.

En effet, le théâtre privé fonctionne par sa billetterie principalement, mais le théâtre est difficilement accessible lorsque les transports parisiens sont arrêtés. Il ne remplit plus ses salles suffisamment. Il n’est alors pas rentable et est en danger. En fonction des théâtres, les retombées financières sont 40 % moins importantes que l’année dernière. Pourtant, le mois de décembre est censé être le mois le plus rentable pour ces établissements avec les vacances, le réveillon de Noël et le jour de l’an.

Une subvention contre une taxe.

Le gouvernement profite de ce moment de révolte citoyenne pour faire passer l’amendement sur l’Association pour le soutien du théâtre privé à l’assemblée nationale.

En quoi consiste cet amendement ? Il permettrait de changer la taxe qui est prise sur la billetterie du théâtre privée, par une subvention accordée par l’État. Il faut savoir que la création, la diffusion et la production dans le théâtre privé est principalement financée par l’Association pour le soutien du théâtre privé (ASTP). Cette association est financée par la taxe sur la billetterie, par une subvention de la ville de Paris et par le ministère de la Culture. Voilà comment fonctionne actuellement le théâtre privé.

Ce que l’État veut faire passer pour 2022, est la suppression de la taxe par une subvention totale de 8 millions d’euros à la place. L’État veut devenir le principal « investisseur » dans la création, diffusion et production du théâtre privé. Le motif de cette suppression est son faible rendement, comme-ci cela était nouveau dans ce milieu et que l’art et la création ne devait servir qu’à remplir une caisse. Les problèmes que cela pose est, que cette création, diffusion et production va être entièrement géré par l’État, seul.

Que serait le théâtre privé si l’État venait par la suite à réduire le budget de cette subvention, comme se fut le cas avec la SNCF, et l’Education Nationale ? Le théâtre privé se retrouvera alors sans aucun financement pour son fonctionnement. De plus, cette taxe permet d’acquérir une certaine autonomie à ce milieu. Un semblable de modèle économique utilisé dans le cinéma. Cependant, le cinéma est l’économie la plus puissante du monde. Ce qui n’est pas du tout le cas pour le théâtre.

Un contrôle gouvernemental sur le théâtre privé.

Pourquoi débloquer un budget plus conséquent dans le milieu privé ? Car pour compenser cette suppression, l’État devra allouer plus de subventions à l’ASPT. Est-ce une volonté de contrôle sur le théâtre privé ? Je le rappelle, celui-ci est principalement géré par de grands groupes privés, des sociétés internationales… (voir Main basse sur la culture de Michaël Moreau et Raphaël Porier)

Donner aujourd’hui à l’État la main mise sur le théâtre privé peut être un risque sur son fonctionnement demain.

Une secteur qui peut s’avérer fragile.

Le théâtre privé est un secteur fragile, car il se base sur sa rentabilité. Lorsqu’un spectacle est mis en exploitation, il doit faire face à deux inconnus : son nombre de représentations et sa fréquentation. C’est un pari sur l’avenir. Le secteur privé nécessite une rentabilité de suite. Ils ne peuvent pas voir à long terme (sauf si les financements le permettent). Il doit également prendre en compte : le risque économique, le public, l’artistique, la jauge, l’accueil, la communication, le marketing et les coûts de production[1]. Si l’État arrête cette subvention, tout cela met en péril l’intégralité du théâtre privé qui ne pourrait s’en sortir face à tant de dépenses.

Ce qui me dérange principalement, même si on sait que depuis des années le secteur public (l’État) influe beaucoup sur le secteur privé, c’est cette prise de pouvoir de l’État sur le privé. Certes, l’aide de celui-ci est indispensable à sa survie, mais il doit faire en sorte que le privé trouve son indépendance dans tout cela. Depuis la loi Baumol (et même avant), ces subventions sont indispensables pour la survie du théâtre en général. Il faut cependant faire la part des choses entre la survie du spectacle vivant et sa quasi-autonomie financière. Laissons les choses telles qu’elles sont.

Article rédigé par Laura HENICKER


[1] DUPUIS, Xavier, LABARRE, Bertrand, Le renouveau du spectacle musical en France, in « culture études », 2013, n°6, p. 1 à 12


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